«Je ne dors pas longtemps, mais je dors vite.»
Albert Einstein
Cette citation n’a rien à voir avec la note d’aujourd’hui, mais facilitera son introduction. Nous parlerons donc des AG. Dans un souci d’efficacité, je résumerai toutes
les AG auxquelles j’ai eu la chance d’assister en une seule, tant pis pour la vérité et la déontologie. De toute manière, je ne suis pas journaliste et je vous emmerde.
Ah ! Les AG ! La salle de sport pleine à craquer de jeunes criant dans tous les sens, et cette bonne odeur de transpiration juvénile qui se répand au fur et à mesure que le temps passe. En fait, c’est comme une finale de coupe de France de handball, le suspens en moins.
J’arrive donc devant ce temple de la démocratie étudiante qu’est le Halle Vallin. Il est 9 heures, le café que je me suis enfilé pour tenir le choc commence à faire effet, me permettant de lire une affiche qui m’annonce que l’AG aura lieu à 13h00.
Maudissant l’efficacité de mes informateurs, je m’en vais assister à un cours pour passer le temps, la précédente assemblée ayant seulement voté un blocage ponctuel le lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi de la fac.
A midi, je sors en courant de mon cours, en me disant que finalement, quand c’était bloqué, ce n’était pas si mal.
Je file au RU, m’enfile rapidement un plat de pâtes froides et mal cuites, recouvertes d’une sauce évoquant vaguement mes toilettes après une soirée arrosée.
De retour à la fac, deux choix s’offrent à moi : assister à un cours barbant, où aller à la fameuse AG. Par culpabilité plus que par envie, je me résigne à aller en cours, ça ne fera jamais que cinq heures en trois semaines.
Il est 14h00, mon cours de 13h30 n’a toujours pas commencé, et la grève des enseignants me laisse penser qu’il n’aura jamais lieu. Autant aller à l’AG, histoire de participer à cette parodie de mai 68.
Après un détour par les toilettes, j’arrive devant la salle de sport. On me refuse l’entrée pour le motif suivant : seuls les étudiant qui auront assisté à l’intégralité du débat méritent de
participer à la démocratie du troisième millénaire. Je casse une porte négocie mon passage contre une balle de tennis et un T-shirt a l’effigie du Che.
A l’intérieur, le débat bat son plein. Un type qui ne l’est pas moins tient le micro, et hurle comme un forcené « IL FAUT BLOQUER LA FAC !!!! IL FAUT BLOQUER LA FAC !!!! ». L’argument fait mouche, les applaudissements fusent. Des mains se lèvent vers le ciel en remuant frénétiquement. Croyant à une crise d’épilepsie collective, j’appelle à l’aide « Appelez les secours ! ». On me regarde avec mépris. « Tu veux que les CRS interviennent, c’est ça ? Franchement, à l’UNI vous êtes minables ! ».
J’évite de justesse une balle de tennis lancée dans ma direction. Mon goût de la corruption se retourne contre moi, je me rassieds et attends la suite des évènements. Au micro se succèdent les interventions de trois minutes : bloqueurs, anti-bloqueurs, anti-anti-bloqueurs, les discours se suivent et se ressemblent, le tout dans une ambiance Made In concert de Patrick Sébastien.
Des huées se font entendre, la balle de tennis suit son petit bonhomme de chemin, dérangeant de temps à autre le petit groupe qui joue à la belote, à ma gauche.
On passe enfin au premier vote, la seule chose qui intéresse l’ensemble de l’Assemblée. Ce sera un vote un main levée : pour ou contre la grève. Bien entendu, personne ne sait exactement ce
que signifie une grève pour des étudiants, et pas grand monde n’a lu le texte de la LRU – dont nous n’avons d’ailleurs que très peu parlés. Emporté par l’euphorie ambiante, je lève la main d’un
air convaincu à toutes les propositions : pour, contre, et même quand la pouffiasse présidente du bureau demande « Qui s’abstient ? ». Visiblement, les cours
d’éducation civique sont loins, le Petit Larousse également.
Place maintenant au vote concernant le blocage. Le vote s’effectuera par un passage par deux portes, le « contre » à gauche, et le « pour » à droite, le vote par bulletin
secret ayant été jugé trop chiant à organiser nuisible au mouvement et antidémocratique ( ? ) par la coordination nationale.
Et là, c’est le dilemme : suce-boules à gauche, feignasses à droite, la choix est peu évident, d’autant que le café de ce matin ne fait plus effet depuis plusieurs heures, déjà. La fatigue se fait sentir, je vois double et je ne suis pas le seul : les compteurs perdent le fil, et le vote recommence.
La carte étudiant est nécessaire pour voter, ce qui est normale puisque… Merde ! Je l’ai laissé à la BU en guise de marque page, au milieu de mon album des Maîtres de l’Orge. La sortie est donc bloquée pour ma pomme. Que ferait Michael Scofield à ma place ?
N’ayant pas le temps de me faire tatouer les plans du Halle Vallin sur le corps, je retourne voir les joueurs de belotte pour les racketter de leur valet de trèfle. Je passe en sifflotant devant les compteurs, brandissant vaguement la carte dans leur direction. Ils sont bluffés, je passe sans problème.
Dehors, le froid est agressif, tout comme cette maudite balle de tennis. Au bout d’une demi-heure, nous rentrons écouter les résultats, clamés par la présidente : 1000 « pour », 500 « contre », plus 12 « abstentions », 32 « personnes qui n’ont pas voté », et à priori au moins une illettrée. Le blocage passe.
Quelqu’un propose le blocage jusqu’à l’abrogation de la loi, tandis que l’alarme incendie se déclenche. Un nouveau débat est proposé, trois minutes par interventions sans droit de réponse. La nouvelle est accueillie avec plus ou moins d’enthousiasme. A ma droite un étudiant désespéré se suicide en avalant la balle de tennis, l’Assemblée durant trop longtemps à son goût, tout comme cette note.
Finalement, je suis interrompu dans ma lecture du 20 minutes par une forêt de bras levés. Au milieu du brouhaha, j’entends quelque chose qui ressemble à la voix de Kenny de South Park dans un mégaphone « Mmmmpffff Mmmm Mmmmff Mmm ! »
Tout le monde se sauve, je suis le mouvement.
Il est 17h30. Les étudiants qui étaient en cours au moment de l’AG apprennent le résultat, dépités, tandis que les tables et les chaises sont entassées devant les portes.
Je rentre chez moi, ayant la flemme de poursuivre cette note.
Bon, commençons pas par un rappel des faits : qu’est-ce que la loi LRU ?
Bah oui, avec toutes les conneries qu’on entend, ça à l’air d'un côté encore plus diabolique que le Partiot Act, Voldemort et le dernier DVD de Michel Leeb réunis, et de l'autre, on aurait presque l'impression que l'université d'Arras sera mieux côté qu'Harvard dans cinq ans.
Le but de ce blog n’est pas de faire de la propagande, et donc je ne devrais pas prendre parti « pour » ou « contre » cette loi. Néanmoins, rester coincé entre deux positions ne fait pas avancer les choses, dans le meilleur des cas on bloque le RU pendant dix minutes parce qu’on hésite entre la tomate farcie et l’endive au jambon. C’est pourquoi, malgré mes problèmes d’obésité, je serais à la fois pour et contre cette loi, à l’instar d’un certain Bruno J., schizophrène représentant d’un célèbre syndicat étudiant.
Alors, contre la loi LRU :
Le président aura plus de pouvoirs. Il pourra recruter du personnel contractuel. Il aura alors la possibilité de rejoindre le cercle très fermé des méchants patrons du MEDEF, faisant enchaîner à son personnel des CDD de trois mois payés au SMIC, pendant que lui, les poches pleines du fric provenant des 5000 euros de frais d’inscription payés par chaque étudiant de son université, affichera d’un sourire cynique ses dents en or, tout en expulsant par les narines la fumée de son cigare cubain, tel le fils naturel d’un dragon de droite et de Joey Starr en vacances à La Havane. Dieu, que cette phrase était longue !
Avec la LRU, les facs auront le droit d’aller chercher du pognon dans le privé. Les entreprises, pas intéressées pour deux sous, exerceront alors une pression sur les facs pour que la recherche leur rapporte rapidement de gros bénéfices. Ainsi, au lieu de faire des recherches sur des sujets importants, comme la poésie chinoise du troisième siècle avant JC, les laboratoires devront orienter leurs travaux sur la solidité des mouchoirs en papier, les gros branleurs représentant à priori un marché porteur dans un avenir proche. Et tant pis pour le paludisme.
Cette possibilité d’aller chercher des fonds privés aura un autre effet dévastateur : certaines facs auront plus de difficultés à trouver des financements, et resteront désespérément en manque d’argent. Un écart va ainsi se creuser entre les différentes universités, les diplômes n’auront plus la même valeur suivant les universités où ils ont été obtenus. Par exemple, un Master passé à l’université de Dunkerque n’aura plus la même valeur aux yeux des entreprises qu’un Master passé à la Sorbonne, vous vous rendez compte ?
Et puis aucune entreprise ne voudra donner de l’argent pour des filières comme l’ethnologie, pourtant riches en emplois.
Enfin, les diplômes seront conçus en fonction des entreprises qui financent la fac. Ainsi, on passera un Master Auchan, Toyota ou Ricard, qui ne formeront au fonctionnement que d’une seule entreprise. Par exemple, les étudiantes formées au Master Auchan ne pourraient pas travailler chez Carrefour, le lecteur de code barres des caissières étant situé vingt centimètres plus haut.
On assisterait donc à des vagues de licenciements massifs comme celle de 1998, où des milliers de diplômés d’écoles de commerce - déjà en partie financées par des entreprises qui ne désirent EN AUCUN CAS que leur personnel ait une quelconque faculté d’adaptation - incapables de passer de Windows 95 à Windows 98, ont été froidement renvoyés de leur multinationales pleines de frics et d’actionnaires véreux. Et sans indemnités.
C’est pourquoi, pour le bien de tous, la fac doit former les jeunes à des systèmes d’exploitations gratuits répandus, comme les SE linux.
Pour la LRU :
Les facs, c’est quand même un peu de la merde, alors bon, quitte à leur enfoncer un peu plus la tête dedans …
Le principal, c’est de s’y inscrire. C’est pour ça qu’il ne faut pas avoir peur : le gouvernement n’instaurera pas une sélection à l’entrée, puisqu’un type qui s’inscrit à la fac, au moins, il ne s’inscrit pas à l’ANPE. Et c’est bon pour les chiffres.
Et les patrons, ils nous tiennent quand même par les couilles. Bah oui, même si selon un sondage récent 74% des étudiants de l’université veulent devenir fonctionnaires (et 12% cracheur de feu),
avec les suppressions de postes dans la fonction publique, on se retrouvera plutôt avec 74% de chômeurs ! Et là, il faudra lécher le derrière velu de qui pour trouver un CDI
CPE CDD stage rémunéré ?
Autant commencer tout de suite.
De toute façon, on va quand même à la fac pour faire les mots fléchés du 20 minutes.
Pourquoi faire un blog alors que des millions de lignes ont déjà été écrites à ce sujet ?
Aujourd’hui, alors que des millions d’étudiants s’emmerdent dans des facs désertes, il est de bon ton de faire un petit bilan de la situation.
Ici, à Lille 1, on entame notre troisième semaine complète de vacances blocage pour protester, parait-il, contre la loi « LRU » de réforme de l’université. Les enseignants sont
de plus en grève, et le personnel de la Bibliothèque Universitaire s’est joint au mouvement, nos cerveaux resteront donc sur leur faim cette semaine. Surtout que la Star Academy n’est toujours
pas fini.
« C’est pour notre avenir qu’on se bat. » déclare un quelconque étudiant chevelu, ne daignant même pas levé le nez de sa partie de belotte.
L’ambiance est à la fête, la victoire est proche. Le gouvernement est contraint à la négociation, les conséquences économiques du mouvement étant pour l’instant évaluer à une porte cassée, auxquels s’ajoutent le nettoyage des graffitis sur les murs.
Bruno J. responsable d’un syndicat étudiant, se félicite de la tournure que prennent les choses. « C’est très bien, que le gouvernement nous écoute enfin. L’abrogation de loi est nécessaire.
Ou possible. Ou négociable, je ne sais plus. De toute façon le principale, c’est qu’on reste solidaire, tous les étudiants, au sein de la coordination nationale, que nous quittons, pour entamer
des négociations avec le gouvernement sur cette loi inadmissibles qu’il faut abroger, et nous ne négocierons pas tant que nos étudiants n’auront pas abrogé la coordination nationale relative à
l’autonomie des facs, à hauteur d’environ un milliard d’euros. Enfin, un truc comme ça.
Dites, la gauche, c’est bien le côté où la mousse pousse sur les arbres ? »
Tous ça pour dire que beaucoup de conneries ont été dites sur le sujet, et qu’ici, au moins, ce sera fait exprès.
Et puis, t’as qu’à le lire ce blog, vu que t’as que ça à foutre en ce moment, merde !