Jeudi 29 novembre 2007 4 29 /11 /Nov /2007 22:47

«Je ne dors pas longtemps, mais je dors vite.»
 Albert Einstein

 

 

 

Cette citation n’a rien à voir avec la note d’aujourd’hui, mais facilitera son introduction. Nous parlerons donc des AG. Dans un souci d’efficacité, je résumerai toutes les AG auxquelles j’ai eu la chance d’assister en une seule, tant pis pour la vérité et la déontologie. De toute manière, je ne suis pas journaliste et je vous emmerde.

 

Ah ! Les AG ! La salle de sport pleine à craquer de jeunes criant dans tous les sens, et cette bonne odeur de transpiration juvénile qui se répand au fur et à mesure que le temps passe. En fait, c’est comme une finale de coupe de France de handball, le suspens en moins.

 

J’arrive donc devant ce temple de la démocratie étudiante qu’est le Halle Vallin. Il est 9 heures, le café que je me suis enfilé pour tenir le choc commence à faire effet, me permettant de lire une affiche qui m’annonce que l’AG aura lieu à 13h00.

 

Maudissant l’efficacité de mes informateurs, je m’en vais assister à un cours pour passer le temps, la précédente assemblée ayant seulement voté un blocage ponctuel le lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi de la fac.

 

A midi, je sors en courant de mon cours, en me disant que finalement, quand c’était bloqué, ce n’était pas si mal.

 

Je file au RU, m’enfile rapidement un plat de pâtes froides et mal cuites, recouvertes d’une sauce évoquant vaguement mes toilettes après une soirée arrosée.

 

De retour à la fac, deux choix s’offrent à moi : assister à un cours barbant, où aller à la fameuse AG. Par culpabilité plus que par envie, je me résigne à aller en cours, ça ne fera jamais que cinq heures en trois semaines.

 

Il est 14h00, mon cours de 13h30 n’a toujours pas commencé, et la grève des enseignants me laisse penser qu’il n’aura jamais lieu. Autant aller à l’AG, histoire de participer à cette parodie de mai 68.

 

Après un détour par les toilettes, j’arrive devant la salle de sport. On me refuse l’entrée pour le motif suivant : seuls les étudiant qui auront assisté à l’intégralité du débat méritent de participer à la démocratie du troisième millénaire. Je casse une porte négocie mon passage contre une balle de tennis et un T-shirt a l’effigie du Che.

 

A l’intérieur, le débat bat son plein. Un type qui ne l’est pas moins tient le micro, et hurle comme un forcené « IL FAUT BLOQUER LA FAC !!!! IL FAUT BLOQUER LA FAC !!!! ». L’argument fait mouche, les applaudissements fusent. Des mains se lèvent vers le ciel en remuant frénétiquement. Croyant à une crise d’épilepsie collective, j’appelle à l’aide « Appelez les secours ! ». On me regarde avec mépris. « Tu veux que les CRS interviennent, c’est ça ? Franchement, à l’UNI vous êtes minables ! ».

 

J’évite de justesse une balle de tennis lancée dans ma direction. Mon goût de la corruption se retourne contre moi, je me rassieds et attends la suite des évènements. Au micro se succèdent les interventions de trois minutes : bloqueurs, anti-bloqueurs, anti-anti-bloqueurs, les discours se suivent et se ressemblent, le tout dans une ambiance Made In concert de Patrick Sébastien.

 

Des huées se font entendre, la balle de tennis suit son petit bonhomme de chemin, dérangeant de temps à autre le petit groupe qui joue à la belote, à ma gauche.

 

On passe enfin au premier vote, la seule chose qui intéresse l’ensemble de l’Assemblée. Ce sera un vote un main levée : pour ou contre la grève. Bien entendu, personne ne sait exactement ce que signifie une grève pour des étudiants, et pas grand monde n’a lu le texte de la LRU – dont nous n’avons d’ailleurs que très peu parlés. Emporté par l’euphorie ambiante, je lève la main d’un air convaincu à toutes les propositions : pour, contre, et même quand la pouffiasse présidente du bureau demande « Qui s’abstient ? ». Visiblement, les cours d’éducation civique sont loins, le Petit Larousse également.

 

Place maintenant au vote concernant le blocage. Le vote s’effectuera par un passage par deux portes, le « contre » à gauche, et le « pour » à droite, le vote par bulletin secret ayant été jugé trop chiant à organiser nuisible au mouvement et antidémocratique ( ? ) par la coordination nationale.

 

Et là, c’est le dilemme : suce-boules à gauche, feignasses à droite, la choix est peu évident, d’autant que le café de ce matin ne fait plus effet depuis plusieurs heures, déjà. La fatigue se fait sentir, je vois double et je ne suis pas le seul : les compteurs perdent le fil, et le vote recommence.

 

La carte étudiant est nécessaire pour voter, ce qui est normale puisque… Merde ! Je l’ai laissé à la BU en guise de marque page, au milieu de mon album des Maîtres de l’Orge. La sortie est donc bloquée pour ma pomme. Que ferait Michael Scofield à ma place ?

 

N’ayant pas le temps de me faire tatouer les plans du Halle Vallin sur le corps, je retourne voir les joueurs de belotte pour les racketter de leur valet de trèfle. Je passe en sifflotant devant les compteurs, brandissant vaguement la carte dans leur direction. Ils sont bluffés, je passe sans problème.

 

Dehors, le froid est agressif, tout comme cette maudite balle de tennis. Au bout d’une demi-heure, nous rentrons écouter les résultats, clamés par la présidente : 1000 « pour », 500 « contre », plus 12 « abstentions », 32 « personnes qui n’ont pas voté », et à priori au moins une illettrée. Le blocage passe.

 

Quelqu’un propose le blocage jusqu’à l’abrogation de la loi, tandis que l’alarme incendie se déclenche. Un nouveau débat est proposé, trois minutes par interventions sans droit de réponse. La nouvelle est accueillie avec plus ou moins d’enthousiasme. A ma droite un étudiant désespéré se suicide en avalant la balle de tennis, l’Assemblée durant trop longtemps à son goût, tout comme cette note.

 

Finalement, je suis interrompu dans ma lecture du 20 minutes par une forêt de bras levés. Au milieu du brouhaha, j’entends quelque chose qui ressemble à la voix de Kenny de South Park dans un mégaphone « Mmmmpffff Mmmm Mmmmff Mmm ! »

 

Tout le monde se sauve, je suis le mouvement.

 

Il est 17h30. Les étudiants qui étaient en cours au moment de l’AG apprennent le résultat, dépités, tandis que les tables et les chaises sont entassées devant les portes.

 

Je rentre chez moi, ayant la flemme de poursuivre cette note.

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Par Tonio
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